Du Sentier à La Source

Après avoir siégé pendant plus de vingt ans au sein du Conseil de Fondation de La Source et en avoir assumé la présidence durant onze ans, Georges-Henri Meylan s’apprête à passer le témoin à son successeur à la fin de cette année. L’occasion de revenir avec lui sur ce parcours hors du commun qui l’a emmené du Sentier à La Source.

BIO EXPRESS

Naissance le 19 janvier 1945 au Sentier.

Habite à la Vallée de Joux.

Marié, 3 enfants, 10 petits-enfants.

CEO de la manufacture Audemars Piguet de 1987 à 2009

Membre du Conseil de Fondation La Source depuis 1990

Nommé président de la Fondation en mai 2009

Les rudes hivers de la Vallée

De son enfance à la Vallée de Joux, Georges-Henri Meylan garde le souvenir de rudes hivers et de parents travaillant dur dans l’hôtel-restaurant familial du Sentier où il a fait ses premiers pas et grandi jusqu’à l’adolescence. Des parents qu’il voit peu. « Ils travaillaient de 9 heures à minuit, tous les jours de la semaine. On ne prenait pas de congé à l’époque » se rappelle-t-il. « En hiver, aller à Lausanne était une véritable expédition, la Vallée était un peu isolée pendant toute cette partie de l’année ». A quinze ans, le voilà à Lausanne justement, avec la ferme volonté de faire des études et de se frotter au monde. C’est la découverte d’une nouvelle vie, l’apprentissage précoce de l’indépendance. Impossible en ce temps-là de faire les allers-retours quotidiens entre la maison familiale du Sentier et le gymnase de la Cité, le seul établissement alors qui permet de s’engager dans la voie scientifique qui l’attire. Il prend une chambre chez l’habitant où il vit la semaine et s’en retourne à la Vallée le week-end. Les années passent et sa vocation scientifique s’affermit. 

Un diplôme sur un lit d’hôpital

 « A l’époque, j’étais capable de tenir un bistrot, mon père me l’avait appris. Mais j’avais envie de sortir de la Vallée pour découvrir d’autres choses. » Son bac en poche, Georges-Henri Meylan se dirige alors vers l’EPUL, l’Ecole polytechnique de l’Université de Lausanne qui deviendra quelques années plus tard l’EPFL, pour accomplir des études d’ingénieur en mécanique. C’est la découverte stimulante du multiculturalisme avec des étudiant·e·s qui viennent de partout dans le monde. Des amitiés se nouent, dont certaines durent encore aujourd’hui. En 2019, pour fêter les 50 ans de son diplôme, il décide de réunir tous ses camarades de l’époque pour un week-end de retrouvaille en Suisse. L’homme est rassembleur. De son diplôme, il garde un souvenir vif et parfaitement intact : « Je m’en souviens extrêmement bien ! C’était en janvier 1969. Je m’étais cassé la jambe à ski pendant les fêtes. J’étais sur un lit d’hôpital, plâtré depuis l’aine jusqu’au gros orteil. Ce sont mes copains de classe qui m’ont apporté mon diplôme à l’hôpital. Mon père est arrivé dans ma chambre avec des bouteilles et on a bu un verre tous ensemble. C’était un très beau moment ».

Mécanique fine et succès planétaire

Cette Vallée de Joux qu’il a quittée quelques années plus tôt pour mener ses études à Lausanne le rappelle à elle au sortir de l’EPUL. Grâce à des petits boulots et des stages effectués durant ses études, il décroche son premier emploi dans une entreprise horlogère du coin. Malgré ce début des années 1970 marqué par une crise horlogère historique (l’arrivée du quartz menace de tuer l’horlogerie suisse et ses mouvements alors exclusivement mécaniques), Georges-Henri Meylan poursuit son chemin professionnel dans cet univers de la « mécanique fine » qu’il ne quittera plus. Seule exception à ce parcours horloger, un détour outre-Manche de deux ans lui permet d’apprendre la langue de Shakespeare au sein d’une entreprise fabricant des instruments de navigation pour l’aviation. De retour en Suisse, il fréquente l’IMD (International Institute for Management Development) pour se former dans les domaines de la finance, de la gestion et du marketing. «  Je voulais me donner toutes les chances ». Et la chance lui sourit un beau de jour de 1987. Georges Golay, directeur d’Audemars Piguet, l’appelle pour lui proposer un poste de numéro deux dans la gestion opérationnelle de l’entreprise. Il signe puis devient quelques années plus tard co-directeur général, avant de prendre la tête de l’entreprise en 1997. Il y restera vingt ans et fera d’Audemars Piguet l’une des manufactures les plus admirées dans le monde, un fleuron de la haute horlogerie suisse. Mais l’homme, aujourd’hui encore auréolé de cet immense succès, a le triomphe modeste. De ces années passées à la tête d’Audemars Piguet, il garde d’abord le souvenir de rencontres « fantastiques » partout dans le monde qui l’ont poussé à être « plus communicatif ». Mais surtout insiste-il « la réussite est d’abord une aventure collective, on n’est jamais intelligent tout seul. Il faut savoir s’entourer des bonnes personnes, des gens qui y croient ».

Investir pour l’avenir des soins

C’est ce même plaisir de la rencontre et cette force du collectif qu’il souligne encore lorsqu’on évoque ses trente années passées au sein de la Fondation La Source, d’abord comme membre, puis comme trésorier et enfin comme président durant onze années. C’est son ami Michel Walther, à l’époque directeur de la Clinique, qui l’invite à en devenir membre en 1990. Les deux hommes partagent la même vision entrepreneuriale et engagent une politique d’investissement audacieuse qui va transformer en profondeur la Clinique. « Les bénéfices dégagés par l’activité de la Clinique nous ont permis d’investir dans la Haute Ecole. C’est la grande force d’une Fondation comme la nôtre, à but non lucratif. Nous n’avons aucun actionnaire à rémunérer. L’entier des bénéfices est donc réinvesti dans amélioration de l’outil de travail, aussi bien du côté de la Clinique que de l’Ecole ». La Haute Ecole de la Santé La Source a pu ainsi connaître un développement sans précédent, symbolisé aujourd’hui par les infrastructures exceptionnelles dont disposent les étudiant·e·s et les professeur·e·s sur le site de Beaulieu : hôpital simulé, SILAB, etc. « Tout ceci a pu voir le jour grâce à la vision de Jacques Chapuis avec qui j’ai eu un immense plaisir à collaborer. C’est un homme dynamique et ouvert à la nouveauté qui cherche à faire avancer les choses ». Et de rappeler aussi les progrès considérables qui ont été accomplis dans la reconnaissance institutionnelle du métier d’infimier·ère avec aujourd’hui la possibilité de suivre une formation doctorale dans le domaine des soins. « C’était une chose inimaginable il y a seulement dix ans ! ». Une reconnaissance qui résonne particulièrement en cette fin d’année 2020 marquée par une sollicitation sans précédent des soignant·e·s pour faire face à la pandémie de COVID-19. « J’admire beaucoup celles et ceux qui ont choisi ces métiers. Il faut un courage incroyable pour tenir le coup dans le genre de situation qu’on traverse actuellement, une sacré force de caractère » conclut-il. 


Institut et Haute Ecole de la Santé La Source
Avenue Vinet 30
CH – 1004 Lausanne